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Illettrisme numérique : la fracture n'est plus l'accès, c'est la maîtrise

Il y a une vingtaine d'années, être exclu du numérique se résumait à une phrase : « je n'ai pas Internet ». Aujourd'hui, la fracture s'est déplacée. Elle ne porte plus sur l'accès aux outils, mais sur la capacité à les comprendre et à les utiliser.

Quand l'IA devient un actif stratégique

Un signal récent illustre bien à quel point ces technologies sont devenues sensibles. En juin 2026, l'administration américaine a demandé à Anthropic de suspendre l'accès à ses modèles les plus avancés — Fable 5 et Mythos 5 — pour les ressortissants étrangers, au nom de la sécurité nationale, avant d'envisager un assouplissement partiel quelques semaines plus tard.

Peu importe ici l'issue exacte de l'épisode. Ce qu'il révèle, c'est une tendance de fond : les modèles d'IA de pointe sont désormais traités comme des actifs stratégiques, au même titre que les semi-conducteurs ou certaines technologies de défense.

Si un gouvernement est prêt à contrôler l'accès à une technologie, c'est que sa maîtrise représente un enjeu économique, industriel et géopolitique majeur.

Attention à ne pas surinterpréter : cet épisode ne prouve aucune relation de cause à effet avec l'illettrisme numérique. Il sert d'illustration, pas de démonstration. Mais il pose une question dérangeante.

La nouvelle fracture

Pendant que les États se disputent l'accès aux modèles les plus puissants, une partie importante de la population ne maîtrise toujours pas les compétences numériques fondamentales. On voit alors se dessiner deux mondes :

  • une minorité qui sait exploiter l'IA pour créer de la valeur, automatiser et innover ;
  • une majorité qui utilise des outils numériques sans comprendre leur fonctionnement ni leur potentiel.

La fracture a changé de nature. Hier, on disait « je n'ai pas accès ». Aujourd'hui, on dit « j'ai accès, mais je ne sais pas vraiment m'en servir ». Demain, la ligne de partage sera encore plus nette :

Le risque n'est plus seulement d'être exclu d'Internet, mais d'être exclu de l'économie de l'IA.

Un enjeu d'égalité des chances

C'est là que tout se joue. Si les nations considèrent la maîtrise de l'IA comme un facteur de souveraineté, alors chaque individu devrait avoir l'opportunité d'acquérir les compétences nécessaires pour la comprendre et l'utiliser.

Nous sommes entrés dans une époque où la connaissance des outils numériques est devenue un facteur de souveraineté économique — pour les États comme pour les personnes. L'illettrisme numérique n'est plus seulement un enjeu social : c'est un enjeu d'égalité des chances.

Le XXᵉ siècle a réussi l'alphabétisation. Le XXIᵉ devra réussir la littératie numérique et l'appropriation de l'intelligence artificielle.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'illettrisme numérique (ou illectronisme) ?

L'illettrisme numérique, aussi appelé illectronisme, désigne l'incapacité à utiliser les outils numériques du quotidien : naviguer sur Internet, remplir un formulaire en ligne, protéger ses données. Aujourd'hui, il englobe aussi le fait de ne pas savoir se servir de l'intelligence artificielle pour apprendre ou travailler.

Quelle est la différence entre la fracture numérique d'accès et de compétences ?

La fracture d'accès, c'est ne pas disposer d'Internet ou d'un appareil. La fracture de compétences, plus actuelle, c'est y avoir accès sans savoir l'exploiter. Avec l'IA, l'écart se creuse entre ceux qui créent de la valeur grâce à ces outils et ceux qui les subissent.

En quoi l'intelligence artificielle aggrave-t-elle la fracture numérique ?

L'IA devient un actif stratégique que certains États cherchent à contrôler. Pendant ce temps, savoir l'utiliser devient un avantage économique majeur. Le risque n'est plus seulement d'être exclu d'Internet, mais d'être exclu de l'économie de l'IA.

Écrit par Antonio Da Fonseca24 juin 2026